Samedi 6 mars 6 06 /03 /Mars 00:07

Les rumeurs les plus folles courent sur l’état de santé du président Bouteflika. Il se remet d’une longue maladie pour les plus prudents. Il est à l’article de la mort pour les plus alarmistes. Des fuites, savamment organisées, on ne sait d’où, particulièrement en direction des chancelleries étrangères, font même état de radiothérapie, exercée en « vase clos », dans le plus grand secret, et parlent même de séjours discrets, mais fréquents, dans une clinique suisse.

Le plus curieux, et qui incite à davantage  de questions, est le mutisme de la presse algérienne sur le sujet. Comme si l’absence ostensible, et toujours injustifiée, du président Bouteflika sur la scène publique, le silence qu’il observe sur les grandes questions de l’heure, sur de gros scandales qui secouent le régime, et même sur des tragédies comme l’assassinat du patron de la police algérienne, allaient de soi. Comme s’il était tout à fait normal qu’un chef de l’État se cloître chez lui pendant de longs mois. Sans plus d’explications.

Les rares images du président Bouteflika, relayées par la télévision algérienne, en Conseil des ministres et lors de son dernier déplacement au sommet du NEPAD, à Addis Abeba, ont montré un homme visiblement fatigué, dans l’incapacité de soulever les feuilles des dossiers qu’il consultait ou du discours, pourtant bien court, qu’il prononçait. Au point où il se fit aider d’un agent du protocole. Pourtant, ceux qui connaissent le mode de fonctionnement de la télévision algérienne savent que ces scènes du président ont pourtant subi le filtre habituel, qu’elles ont été soigneusement sélectionnées. En clair, ce sont celles qui montrent le président sous son meilleur jour. Les plus « présentables » possibles.

Nous pouvons donc raisonnablement penser que puisque les seules images qu’on nous montre du président Bouteflika sont celles d’un homme visiblement malade, malgré les miracles du montage télé, c’est que la réalité est bien plus grave qu’on  veut nous faire croire. On dit aussi, que lors  d’évènements incontournables, où il n’a pas d’autre choix que de se montrer, qu’il est dopé aux corticoïdes et autres coups de fouet du genre.  Ce fut le cas hier lorsqu’il reçut Zidane et des membres de sa famille.

Le reste du temps, il ne se déplacerait plus que  « du fauteuil au lit, et du lit au lit »,  en se faisant aider de surcroit.

Une telle dégradation de l’état de santé du président de la république, même s’il se porte aux abonnés absents, qu’il n’apparaisse plus en public, qu’il ne fasse plus de déclarations, ne peut passer inaperçue. Encore moins en ces temps troubles où  son arbitrage, ou du moins sa position, est implicitement sollicitée, y compris par des hommes de son propre entourage qui se font dévorer tout crus.

Pourquoi, alors, la presse algérienne se fait-elle si discrète ? Se désintéresse-t-elle, avec une telle unanimité, de cette question, ou bien a-t-elle été invitée à regarder ailleurs ?

Certaines informations, très sérieuses, qui en bouleversent d’autres qui spéculent ordinairement sur l’animosité qui règnerait entre le patron du DRS, le général Médiène et le président Bouteflika, font état d’un schéma inverse. Elles affirment, en effet, que non seulement ces deux personnages sont en bons termes, mais qu’en plus, c’est le général  qui ferait observer le black-out sur cette histoire de maladie.

Une question vient tout aussitôt à l’esprit. Pourquoi, si ce scénario se vérifie, le patron du DRS ferait-il cela?

Est-ce pour permettre au président de se soigner sans trop de tapage, et de se remettre d’une affection curable, même si elle a été longue et pénible ?

Ou bien la maladie du président serait-elle grave au point qu’il faille envisager sa succession ? Mais si tel est le cas, puisque nous n’avons pas d’autre choix que de nous perdre en conjectures, les « décideurs » traditionnels ont-ils été remplacés par d’autres, puisque bon nombre des anciens a été mis en touche, par la mort, la disgrâce et les voies de garage ? Qui sont ces nouveaux décideurs, en cette période de vaste recomposition où une chatte ne retrouverait pas ses petits ? Des généraux frais émoulus ? Des forces d’argent ? Le lobby dont on ne sait plus s’il a le vent en poupe s’il est en perte de vitesse, celui lié aux USA ? Les trois en même temps ?

Et qu’en est-il de l’option Saïd Bouteflika ?

Nous savions, depuis quelque temps déjà, que le président Bouteflika avait exprimé le souhait, et plus que le souhait, de voir son frère Saïd lui succéder. Il semble même qu’il n’ait accepté de faire un troisième mandat que pour avoir le temps de préparer sa succession. Mais des informations, aussi aléatoires que toutes celles qui ont passé la muraille du bunker où se calfeutre le régime, ont laissé pensé que les patrons de l’armée refusaient d’avaliser le scénario. Le parti politique que le frère du président allait lancer pour structurer les prétentions familiales et battre le rappel de tous les opportunistes qui nichent habituellement au FLN, au RND et dans tous les relais traditionnels du régime, a été stoppé net. Les articles de presse qui déployaient une débauche de spéculations et de sondes sur le sujet ont subitement tari.

L’avènement de la dynastie Bouteflika a semblé définitivement compromis.

Mais l’est-il vraiment ?

L’option a-t-elle été définitivement rangée, ou bien est-on en train de nous concocter, dans la pure tradition gaullienne, traditions républicaines en moins, une succession dans l’urgence ?

Le président Bouteflika et le général Toufik, avec l’aval rémunéré de tous les généraux qui « pèsent » et l’aval non moins monnayé de certains lobbies, se sont-ils mis d’accord sur une suite des évènements dont on n’a pas la moindre idée ?

Ou bien n’est-ce là qu’une vaste fumisterie, une ambiance polluée par des tractations d’argent, aussi sordides qu’elles sont éloignées de l’intérêt général ? Comme d’habitude. Où les seules politiques, et les seules synergies, sont tendus vers le pillage, la rapine et le coup tordu. Sans autre vision ni prétention que l’improvisation dans l’improvisation.

Nous en aurons le cœur net, tôt ou tard. Mais à force d’attendre que l’évènement se fasse, toujours sans que nous nous impliquions de la plus timide façon, l’Algérie ne risque-t-elle pas d’entrer dans une dynamique qui pourrait la tuer ? Ne l’avons nous pas livrée, corps et âme, pieds et poings liés, aux pires prédateurs de son histoire ?

D.Benchenouf

Par actubled.over-blog.com
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