Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /Mars /2010 01:04

• Un Algérien sur trois (environ 12 millions) vit en-dessous du seuil de pauvreté avec moins d’un dollar de revenu quotidien.

• 82% des Algériens se déclarent mécontents de leur vie.

• 89% des foyers algériens déclarent que leurs conditions de vie se sont dégradées durant les dix dernières années.

• 92% des foyers algériens déclarent que leur pouvoir d’achat a chuté d’une manière substantielle durant les dix dernières années (de 20 à 40%).

• 78% des Algériens ne font pas confiance aux représentants du pouvoir (gouvernement, autorités locales, élus locaux et nationaux).

• 32% des élus locaux ont eu maille à partir avec la justice. 238 P/APC ont été condamnés à la prison ferme durant les dix dernières années.

• 86% des Algériens pensent que l’Etat central et ses institutions sont gangrenés par la corruption et la concussion.

• 84% des Algériens pensent que les membres du gouvernement travaillent pour leurs propres intérêts personnels, ceux de leurs familles et de leurs amis.

• 78% des jeunes (16-30 ans) souhaitent s’installer à l’étranger, dont 32% se déclarent candidats au départ par n’importe quel moyen.

• Chaque Algérien connaît personnellement au moins trois cas de corruption non sanctionnés aux niveaux local, régional et national.

• 87% des Algériens pensent que les grands et gros corrompus échappent à la justice.

• 75% des Algériens pensent que la justice ferme les yeux sur la grande corruption.

• 82% des Algériens ignorent que M. Abdelaziz Bouteflika a été condamné par la Cour des comptes pour détournement de fonds publics (l’équivalent de cent milliards de centimes actuels) dans l’exercice de ses fonctions de ministre des Affaires étrangères (arrêt du 08 août 1983). Il est bien établi que l’état de santé d’un système, comme pour le poisson, se mesure à l’état de sa tête, laquelle a valeur d’indicateur sur l’état général du corps considéré. On observera tranquillement l’extraordinaire parenté des modes de gouvernance entre les trois moments de gestion du même pouvoir politique sous les ères remarquées des trois principaux présidents ayant marqué dans la durée le paysage sociopolitique de l’Algérie : Boumediène, Chadli et Bouteflika.
M.Abassa 
journal el watan :08/02/2010

Par actubled.over-blog.com
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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /Mars /2010 00:43

El Watan

- Après avoir décrit le pouvoir algérien et ses servants comme les décrit Poutakhine, vous ne devriez tout de même pas être surpris par ce qui vous arrive…

Rencontré récemment à Paris où il séjourne depuis la saisie musclée de son livre, l’auteur de Poutakhine, Mehdi El Djazaïri, ne cache pas sa colère et son dépit.

 

Oui, bien sûr, j’ai été très surpris et je suis encore choqué par les réactions et les dérives régime dévoyé et de ses servants zélés à mon encontre et contre ma famille. Regardez maintenant comment l’actualité me donne raison, regardez comment elle rattrape et démasque ce régime. Toute honte bue, ils disent ne pas être au courant. Que raconte mon livre de plus que ce qu’écrivent et rapportent tous les jours les journaux algériens et étrangers ? Mon livre ne raconte rien de plus que ce qu’écrivent et décrivent tous les jours les journaux algériens. C’est donc tous les jours que des journalistes propres et courageux écrivent et réécrivent, mieux et plus que moi, Poutakhine. Moi, j’ai toujours écrit ainsi ; avec mes tripes, avec mon cœur, avec ma sueur.

La chronique « La République couscoussière » que j’animais chez vous, à El-Watan (1997/2001) était écrite dans la même veine et dans le même style ; avec plus de cinq cents papiers, je n’ai jamais eu le moindre procès à ce jour. Poutakhine n’invente rien ; il restitue seulement les souffrances et les colères quotidiennes et vraies du peuple. Je demande seulement, j’implore même mes accusateurs de l’ombre de me faire juger. Mais ils ne le feront pas, jamais. Parce qu’ils savent que mon procès sera le leur. Jugeant Poutakhine, ils jugeront d’abord les colères de tout un peuple criant famine et justice et que mon humble récit restitue fidèlement, sans rien y ajouter. Poutakhine c’est seulement cela : rien de plus. Mais là, à ce jour, officiellement, rien ne m’est reproché. Tout se passe en dehors de tout cadre judiciaire, de tout cadre légal, en dehors de toute morale.

Parce qu’ils n’en ont pas, eux, de morale. Je subis toujours les représailles et le harcèlement permanents. Le pire, alors que je me trouvais hospitalisé en urgence à l’étranger pour un grave problème de santé (AVC) une ISTN (Interdiction de sortie du territoire national) est lancée contre moi. Pour mieux me condamner à une mort certaine. Pour m’empêcher de me faire soigner à l’étranger avec les seuls moyens de ma famille et de mes amis. Regardez à quelle extrémité pousse la haine, eux qui, au moindre bobo, se font soigner en France, en Suisse, en Irlande aux frais du contribuable algérien.

- Pourtant, votre livre a été édité, imprimé et distribué dans un cadre légal et réglementaire…

Oui, bien sûr, tout était en règle. A la conférence de presse de présentation du livre, tout le monde était là, y compris la DGSN, la gendarmerie, le DRS, des cadres supérieurs, la presse, des représentants du pouvoir, des syndicalistes, des intellectuels, universitaires, enfin le Tout-Alger. Le livre s’est vendu le plus normalement du monde pendant dix jours et puis, brutalement, c’est la cata ; le pouvoir lâche ses meutes contre moi et ma famille…

- Mais que s’était-il donc passé puisque le pouvoir a pris tout son temps pour lire et, au besoin, refuser votre manuscrit ?

Il ne s’est rien passé, sauf qu’à la veille du Salon du livre, un quotidien arabo-baâthiste, qui a toujours sévi dans la presse arabophone, a ouvert sa une avec ce titre incendiaire : « Khalida Toumi autorise la vente d’un livre qui insulte Bouteflika ». Vous connaissez la suite. Descentes de la police, aux bureaux, à mon domicile, chez les libraires, à l’imprimerie, saisie de tous les exemplaires du livre et, plus grave encore, saisie de tous les outils de travail de mes enfants, des archives, des supports et tous les progiciels en mémoire ; un vrai hold-up professionnel. Depuis, l’entreprise est fermée, sans aucune activité et mes trois enfants réduits au chômage. Même des travaux en cours ont été saisis.

Et tout cela sans aucune décision de justice. Seulement le fait du prince régnant. Ils appellent ça un Etat de droit. M. Zerhouni dit qu’il n’y est pour rien, car il ne gère pas la Culture. Mme Toumi, tout en m’insultant copieusement comme elle l’a fait pour M. Benchicou, déclare n’être en rien concernée parce qu’elle ne gère pas la police. Ah bon ! Le ministre de la Justice, comme toujours, fait le mort. La police judiciaire déclare agir sur les ordres du parquet, lequel ignore à ce jour les plaintes et requêtes qui lui ont été adressées. Est-cela un Etat de droit ?

- Mais en quoi vos enfants sont-ils responsables de l’écriture de votre livre ?

En rien. En fait, la police et ceux de l’ombre qui les télécommandent, en démantelant mon entreprise, Institut Abassacom, croyaient m’atteindre directement et personnellement. Ils ignoraient que depuis ma première grande alerte médicale et ma première hospitalisation, mes enfants ont repris les choses en main en créant leur propre entreprise dont ils sont les seuls actionnaires. A ce jour, je ne suis qu’un simple salarié chez mes enfants quand l’état de ma santé le permet. Tout ce que j’ai pu gagner en argent, je l’ai investi dans la tête de mes enfants pour en faire de vrais experts en sondage et en techniques de mesure des opinions. Ils ont tous étudié en France, en Espagne et aux USA avec le seul argent de ma sueur et pas un seul centime du contribuable algérien. Parce que j’ai travaillé dans la majeure partie des pays du bassin méditerranéen… Mes enfants n’ont jamais été boursiers à l’étranger comme le sont les enfants du pouvoir dont les plus gâtés sont boursiers et salariés de Sonatrach…entre autres. Quelle honte !

- Mais il se dit et s’écrit que tous vos marchés proviennent essentiellement du secteur public…

C’est faux. Dans nos meilleures réussites avec le secteur public algérien, on n’a jamais atteint plus de 10% de notre chiffre d’affaires. Nos bilans sont publics et accessibles en permanence au BOAL. Ceci dit, on ne peut rien contre les ragots et la médisance. La seule faute de mes enfants c’est de m’avoir libéré de mon travail comme on libère un esclave. Pendant qu’ils réalisaient de bons et grands sondages qui dérangeaient le pouvoir, moi j’écrivais Poutakhine… C’est cela leur complicité. Et là, ils sont punis à ma place et bien plus… C’est là aussi que se nichent la lâcheté et la faiblesse d’un pouvoir trop faible, qui frappe trop fortement, démesurément mes enfants en voulant m’atteindre, même s’il est vrai que c’est toujours par là qu’un père reste vulnérable. Que va faire la police algérienne avec le progiciel Destin saisi, que mon fils Mehdi a passé six mois à peaufiner et à perfectionner à l’Université de Chicago et au pôle d’excellence Léonard de Vinci de Paris ? Peut-on mettre la science en prison ou sous séquestre ? Jamais. Mon fils se remet déjà au travail pour créer d’autres progiciels, d’autres programmes, d’autres logarithmes, d’autres matrices. Leur entreprise redémarrera en Algérie ou ailleurs. Mais qu’aura gagné la police dans cette destruction punitive et gratuite ? Qu’auront gagné les ministres de l’Intérieur, de la Justice, de la Culture et bientôt le ministre des Finances contre des enfants peu préparés à se défendre contre cet ordre ? Je les ai préparés à tout sauf à cela… Ils apprendront à se battre.

- Vous parlez de représailles et de harcèlements contre vos enfants, pouvez-vous être plus précis ?

Bien sûr que je serai concret. Ma maison, mon bureau sont à ce jour sous surveillance policière H24 pour recenser mes visiteurs. Le ministre préposé à la communication a déclaré publiquement qu’il ne paiera pas ceux qui insultent le Président. Pourtant, ni moi ni mes enfants n’avons jamais, au grand jamais, insulté le Président. Notre éducation nous l’interdit. Critiquer et contester oui ; ce qui est très différent. La Constitution l’autorise et le garantit… Alors, tenez-vous bien, ce haut responsable de l’Etat algérien refuse de payer une prestation qui lui a été fournie par mes enfants sur la base d’une convention, d’un devis, d’un bon de réception de travaux et d’un certificat de service fait. M. Mihoubi refuse à ce jour de payer le travail fait par l’Institut Abassacom sous la direction de Nesrine Abassa, sémioticienne émérite primée à Locarno et Sacramento.

Des travaux précis ont été fournis à ce ministre (04 avant-projets de lois lui ont été fournis – publicité, sondage, radios locales et audiovisuel). Son refus de payer est étayé par l’insulte et le déni de droit. Il refuse de payer, juste après la parution de Poutakhine, un travail que son département ministériel ne sait pas faire. Même quand il est acculé par ses propres collaborateurs sur l’inanité de ses propres arguments, il trouve, à la manière de l’épicier, que c’est trop cher payé ; 820 000 DA pour 03 experts durant trois mois de travail ; moins de 50 000 DA/mois par expert. MM Khelil et Temmar payent aux étrangers des travaux similaires en millions de dollars. L’Institut Abassa ne paye pas la « chippa » ni ne fournit des études bidon bricolées.

- Mais ce n’est pas du harcèlement, au pire c’est un cas ou deux isolés…

Mais non, pas du tout. Il s’agit bien d’un harcèlement organisé, coordonné même. L’ENTV à son tour, juste après la sortie du livre, dénonçait de fait une convention qui la liait de jure à l’Institut Abassacom. Pire, elle interdit toute couverture ou évocation de Poutakhine et censure toute information sur le livre. Une émission de présentation de Poutakhine dans Canal Algérie a été stoppée in extremis et interdite à ce jour. Idem pour A3 et l’Unique. Plus aucune commande à ce jour sur instruction des chefs du dedans et du dehors. Pour leurs études, ils font appel aux copains et aux charlatans. L’ENRS, à son tour, au nom des solidarités tribales et wilayales bien connues, après la sortie du livre, interdit à toutes ses chaînes uniques toute information sur Poutakhine. Elle a coupé, pour la mesure de ses audiences, tout contact professionnel avec l’Institut Abassacom.

Toujours en termes de harcèlements prémédités et organisés, j’évoquerai ici le comportement de ce ministre de la Justice qui s’autorise de violer personnellement la morale et les lois de la République pour interdire à ce jour la sortie de mon journal. Voilà 27 mois que ce ministre m’empêche de sortir mon journal en violation flagrante de la loi… Au même moment, il autorisait la sortie de 13 publications privées qui partagent la particularité remarquée de faire la brosse au régime en place. Je ne vous raconterai pas l’épisode de cette entreprise publique d’impression qui n’est pas l’ENAG qui a déprogrammé Poutakhine à la dernière minute ; sur ordre venu de très haut, disent-ils. Y a-t-il plus haut que Dieu ? En Algérie si, semblent croire certains. Pas moi, non.

- Des satisfactions tout de même ? Et si c’était à refaire ?

Des satisfactions, oui beaucoup. Malgré tous les préjudices matériels, moraux et psychologiques, malgré tous les problèmes de santé que j’ai pu surmonter grâce au soutien et à l’accompagnement constants de la famille et des amis, je m’en sors encore plus renforcé, plus déterminé que jamais, aguerri et conforté dans mes convictions intimes. Je n’oublierai jamais ces milliers de marques de soutien et de sympathie. Je n’oublierai pas ce geste magnifique de ce citoyen de Béjaïa qui s’est spontanément proposé de remplacer tout le matériel informatique de mon fils saisi par la police. Je n’oublierai pas les marques de soutien du Café Littéraire de Béjaïa… Mille fois merci. C’est pourquoi, si c’était à refaire, je réécrirai cent fois Poutakhine.

- Le mot de la fin…

Pour moi, il n’y a ni début ni fin. Il y a le présent duquel nous sommes toujours comptables. Pourtant, je suis croyant et de nature optimiste. Mon cas n’est qu’un tout petit cas comparé aux millions d’autres qu’ont subis mes compatriotes.

Par H. Abdelkrim


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Samedi 6 mars 2010 6 06 /03 /Mars /2010 00:07

Les rumeurs les plus folles courent sur l’état de santé du président Bouteflika. Il se remet d’une longue maladie pour les plus prudents. Il est à l’article de la mort pour les plus alarmistes. Des fuites, savamment organisées, on ne sait d’où, particulièrement en direction des chancelleries étrangères, font même état de radiothérapie, exercée en « vase clos », dans le plus grand secret, et parlent même de séjours discrets, mais fréquents, dans une clinique suisse.

Le plus curieux, et qui incite à davantage  de questions, est le mutisme de la presse algérienne sur le sujet. Comme si l’absence ostensible, et toujours injustifiée, du président Bouteflika sur la scène publique, le silence qu’il observe sur les grandes questions de l’heure, sur de gros scandales qui secouent le régime, et même sur des tragédies comme l’assassinat du patron de la police algérienne, allaient de soi. Comme s’il était tout à fait normal qu’un chef de l’État se cloître chez lui pendant de longs mois. Sans plus d’explications.

Les rares images du président Bouteflika, relayées par la télévision algérienne, en Conseil des ministres et lors de son dernier déplacement au sommet du NEPAD, à Addis Abeba, ont montré un homme visiblement fatigué, dans l’incapacité de soulever les feuilles des dossiers qu’il consultait ou du discours, pourtant bien court, qu’il prononçait. Au point où il se fit aider d’un agent du protocole. Pourtant, ceux qui connaissent le mode de fonctionnement de la télévision algérienne savent que ces scènes du président ont pourtant subi le filtre habituel, qu’elles ont été soigneusement sélectionnées. En clair, ce sont celles qui montrent le président sous son meilleur jour. Les plus « présentables » possibles.

Nous pouvons donc raisonnablement penser que puisque les seules images qu’on nous montre du président Bouteflika sont celles d’un homme visiblement malade, malgré les miracles du montage télé, c’est que la réalité est bien plus grave qu’on  veut nous faire croire. On dit aussi, que lors  d’évènements incontournables, où il n’a pas d’autre choix que de se montrer, qu’il est dopé aux corticoïdes et autres coups de fouet du genre.  Ce fut le cas hier lorsqu’il reçut Zidane et des membres de sa famille.

Le reste du temps, il ne se déplacerait plus que  « du fauteuil au lit, et du lit au lit »,  en se faisant aider de surcroit.

Une telle dégradation de l’état de santé du président de la république, même s’il se porte aux abonnés absents, qu’il n’apparaisse plus en public, qu’il ne fasse plus de déclarations, ne peut passer inaperçue. Encore moins en ces temps troubles où  son arbitrage, ou du moins sa position, est implicitement sollicitée, y compris par des hommes de son propre entourage qui se font dévorer tout crus.

Pourquoi, alors, la presse algérienne se fait-elle si discrète ? Se désintéresse-t-elle, avec une telle unanimité, de cette question, ou bien a-t-elle été invitée à regarder ailleurs ?

Certaines informations, très sérieuses, qui en bouleversent d’autres qui spéculent ordinairement sur l’animosité qui règnerait entre le patron du DRS, le général Médiène et le président Bouteflika, font état d’un schéma inverse. Elles affirment, en effet, que non seulement ces deux personnages sont en bons termes, mais qu’en plus, c’est le général  qui ferait observer le black-out sur cette histoire de maladie.

Une question vient tout aussitôt à l’esprit. Pourquoi, si ce scénario se vérifie, le patron du DRS ferait-il cela?

Est-ce pour permettre au président de se soigner sans trop de tapage, et de se remettre d’une affection curable, même si elle a été longue et pénible ?

Ou bien la maladie du président serait-elle grave au point qu’il faille envisager sa succession ? Mais si tel est le cas, puisque nous n’avons pas d’autre choix que de nous perdre en conjectures, les « décideurs » traditionnels ont-ils été remplacés par d’autres, puisque bon nombre des anciens a été mis en touche, par la mort, la disgrâce et les voies de garage ? Qui sont ces nouveaux décideurs, en cette période de vaste recomposition où une chatte ne retrouverait pas ses petits ? Des généraux frais émoulus ? Des forces d’argent ? Le lobby dont on ne sait plus s’il a le vent en poupe s’il est en perte de vitesse, celui lié aux USA ? Les trois en même temps ?

Et qu’en est-il de l’option Saïd Bouteflika ?

Nous savions, depuis quelque temps déjà, que le président Bouteflika avait exprimé le souhait, et plus que le souhait, de voir son frère Saïd lui succéder. Il semble même qu’il n’ait accepté de faire un troisième mandat que pour avoir le temps de préparer sa succession. Mais des informations, aussi aléatoires que toutes celles qui ont passé la muraille du bunker où se calfeutre le régime, ont laissé pensé que les patrons de l’armée refusaient d’avaliser le scénario. Le parti politique que le frère du président allait lancer pour structurer les prétentions familiales et battre le rappel de tous les opportunistes qui nichent habituellement au FLN, au RND et dans tous les relais traditionnels du régime, a été stoppé net. Les articles de presse qui déployaient une débauche de spéculations et de sondes sur le sujet ont subitement tari.

L’avènement de la dynastie Bouteflika a semblé définitivement compromis.

Mais l’est-il vraiment ?

L’option a-t-elle été définitivement rangée, ou bien est-on en train de nous concocter, dans la pure tradition gaullienne, traditions républicaines en moins, une succession dans l’urgence ?

Le président Bouteflika et le général Toufik, avec l’aval rémunéré de tous les généraux qui « pèsent » et l’aval non moins monnayé de certains lobbies, se sont-ils mis d’accord sur une suite des évènements dont on n’a pas la moindre idée ?

Ou bien n’est-ce là qu’une vaste fumisterie, une ambiance polluée par des tractations d’argent, aussi sordides qu’elles sont éloignées de l’intérêt général ? Comme d’habitude. Où les seules politiques, et les seules synergies, sont tendus vers le pillage, la rapine et le coup tordu. Sans autre vision ni prétention que l’improvisation dans l’improvisation.

Nous en aurons le cœur net, tôt ou tard. Mais à force d’attendre que l’évènement se fasse, toujours sans que nous nous impliquions de la plus timide façon, l’Algérie ne risque-t-elle pas d’entrer dans une dynamique qui pourrait la tuer ? Ne l’avons nous pas livrée, corps et âme, pieds et poings liés, aux pires prédateurs de son histoire ?

D.Benchenouf

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Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /Mars /2010 23:46
05/03/2010 La police d'occupation israélienne a de nouveau pris d'assaut, ce vendredi, l'esplanade des Mosquées à AlQuds occupée. Environ 30 Palestiniens ont été blessés, dont le mufti d'AlQuds, cheikh Tayssir Tamimi. Plusieurs enfants ont également été grièvement atteints. Les forces d'occupation ont tiré des balles en caoutchouc, et des gaz lacrymogènes contre les fidèles. Elles ont bouclé les portes menant à la Mosquée d'Al Aqsa, et assiégé les fidèles qui protestaient, à l'issue de la prière, contre toute profanation de ce lieu saint par les colons juifs. Les Affrontements se sont également étendus à d'autres quartiers de la ville d'AlQuds et aux alentours de la Mosquée d'Ibrahim à AlKhalil (Hebron). Coté des forces d'occupation, trois soldats israéliens ont été blessés dans ces affrontements, selon notre correspondant en territoire occupée. Rappelons que des affrontements s'étaient déjà produits sur l'esplanade dimanche après que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu eut provoqué les musulmans en décidant d'ajouter deux lieux saint de Cisjordanie, la Mosquée d'Ibrahim à AlKhalil et celle de Bilal, à Bethléem, à la liste des sites historiques d'"Israël".
 
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Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /Mars /2010 13:57
Eloge de l’oppression : Sur la perversion d’un courant islamique en Algérie Imprimer E-mail
L’Algérie a connu ces derniers temps une série de décès qui a touché plusieurs piliers du régime militaire : d’abord le général Smaïn Lamari (28 août 2007), puis le général Fodhil Cherif (19 juin 2008), ensuite le général Larbi Belkheir (28 janvier 2010), et enfin le colonel Ali Tounsi assassiné jeudi dernier (25 février 2010). 

A chaque occasion, les positions divergent sur la façon de les évoquer et de traiter leur passé en tant qu’officiers supérieurs de l’institution militaire et leur rôle dans l’histoire récente de l’Algérie.

Quand d’aucuns se mettent à les encenser, en faisant le portrait de nationalistes vaillants, intègres, sages, etc. d’autres n’hésitent pas à rappeler leurs méfaits et leur responsabilité directe dans les malheurs qu’a connus l’Algérie ces 18 dernières années, à commencer par le sinistre coup d’Etat du 11 janvier 1992, dont ils étaient instigateurs et exécutants, cette transgression de la volonté populaire et violation de la Constitution, suivie par la répression, la liquidation et l’exil forcé de centaines de milliers d’Algériens, la dilapidation des richesses de la nation et le bradage de la souveraineté nationale.

Certes, chaque partie est libre de choisir son camp et de se positionner comme elle le désire sur le plan moral et politique en Algérie. L’histoire évaluera le choix des uns et des autres. Mais il y a deux phénomènes qui ont attiré mon attention à chaque décès de ces gradés, et qui m’incitent à écrire cet article.

1— Une compétition pour recenser les « qualités » des putschistes défunts

Le premier phénomène est la course à laquelle se livrent certains symboles du mouvement islamique algérien pour assister aux funérailles de ces putschistes, insistant pour contribuer publiquement, à travers la presse, les chaines satellitaires et les sites Internet, aux oraisons funèbres, à dénombrer les « qualités » du défunt et à présenter les condoléances à sa famille. J’ai toujours en mémoire l’image de cheikh Bouabdallah Ghulamallah, ministres des affaires religieuses et deswaqfs, de cheikh Bougarra soltani, président du mouvement Hams et de cheikh Abdelaziz Belkhadem, ancien premier ministre et actuel représentant du président de la république, dans les premiers rangs à l’intérieur des cimetières, visage pâle et grise mine.

Les plus grotesques expressions de condoléances que j’ai pu lire sont l’œuvre de cheikh Bougarra soltani suite à la disparition du général Larbi Belkheir et du colonel Ali Tounsi au début de l’année courante. Ces deux officiers sont bien connus auprès des Algériens pour leur implication dans la confiscation de la volonté populaire et dans l’instauration de la politique de l’éradication qui a fait près d’un quart de million de victimes. Voici le texte des messages de condoléances publiés sur le site du mouvement Hams, qui se passe de commentaire :

A— Lettre de condoléances à la famille du défunt Larbi Belkheir

« Chaque âme goutera à la mort. Et si la mort une vérité, la nation est accablée par la mort de ses hommes fidèles. Le combat recule avec la perte des symboles de la nation, surtout lorsqu’il s’agit de ses piliers et de ses phares. Au sein du mouvement Hams nous avons été catastrophés par la perte de celui qui a combattu longtemps pour sauvegarder l’Etat algérien de la chute, le défunt Larbi Belkheir qui a consacré sa vie au service de l’Algérie. Et si nous vous adressons nos condoléances, nous les présentons d’abord à nous-mêmes, car nous avons perdu un patriote, un fidèle qui s’est dressé aux côtés de son pays dans les années difficiles, et a milité pour les causes de la nation arabe et musulmane tout entière. C’était un gardien qui veillait sur la nation et l’Islam à un moment où nous avons le plus besoin de ce type d’homme pour la lutte, le jihad et le patriotisme. Au nom du mouvement de la société de la paix et au nom de tous mes frères et toutes mes sœurs, je vous fais part des sentiments sincères de solidarité, dans cette épreuve qu’est la perte de l’un des symboles du patriotisme véridique, priant le Très Haut qu’Il l’accepte dans son Paradis, en compagnie des êtres agréés tels les prophètes, les sincères, les martyrs et les saints, et qu’Il vous accorde endurance et consolation. Transmettez nos condoléances aussi bien à sa petite qu’à sa grande famille. Nous prions Dieu pour qu’Il ne nous prive pas de la rétribution accordée au défunt et qu’Il ne nous soumet pas à l’épreuve après lui. Il n’y a de pouvoir ni de force qu’auprès de Dieu. Certes, nous appartenons tous à Dieu et nous Lui retournerons. Ne nous oubliez pas dans vos prières. Votre frère Bougarra Soltani, président du mouvement de la société de la paix. Alger, le 28 janvier 2010. » 

B— Télégramme de condoléances à la famille du défunt Ali Tounsi

« Le mouvement de la société de la paix a été secoué en apprenant l’assassinat du frère moudjahid Ali Tounsi, directeur général de la sûreté nationale, dans des conditions exceptionnelles où l’Algérie fait un saut qualitatif vers l’avenir, et s’achemine honorablement vers la sortie du tunnel de la tragédie nationale. Ce malheur vient remuer les douleurs d’un peuple qui aspire à plus de paix et de stabilité afin de restaurer ce qui a été détruit par le terrorisme lâche. Le mouvement de la société de la paix condamne de tels agissements décevants et tient les parties concernées comme responsables des conséquences des négligences enregistrées. Il appelle à plus de vigilance et de rigueur pour que ne se répètent pas de telles pratiques malheureuses. Il adresse ses sincères condoléances et sentiments de solidarité à la famille du défunt et à tous ceux qui l’ont connu dans l’Algérie des martyrs. Il prie le Très Haut pour qu’Il le couvre de sa large miséricorde, qu’Il l’accepte dans Son vaste Paradis, et qu’Il accorde sa famille et ses proches, endurance et consolation. Certes, nous appartenons tous à Dieu et nous Lui retournerons. Le président du mouvement de la société de la paix. Bougarra Soltani. Alger, le 26 février 2010. »

2— Incitation à évoquer les « qualités » et à faire des prières en faveur des défunts

Quant au deuxième phénomène, c’est l’encensement de criminels d’Etat et la prière pour leurs âmes, tout en niant le droit aux autres de s’y opposer. On observe qu’un grand nombre d’intervenants dans les forums d’information – en langues arabe et française – usent de formules islamiques et se concurrencent dans l’éloge et la glorification du défunt et la prière pour son âme. C’est leur droit de se comporter ainsi, comme je l’ai dit précédemment. Sauf que ces intervenants ne s’arrêtent pas là, mais s’attaquent à quiconque ose relever certains faits au sujet du défunt, et ce par le moyen de la réprimande, instrumentalisant certains textes religieux pour culpabiliser l’Autre, comme par exemple « évoquez les qualités de vos morts », ce qui frôle parfois le terrorisme intellectuel, voire pseudo-religieux. En outre, ils ordonnent à tous de demander à Dieu le pardon et la miséricorde pour le défunt.

Pour illustrer ce genre de remarques, voici un échantillon de ce qui a été publié sur le site « aljazeera.net » pour commenter l’assassinat du colonel Ali Tounsi :

« Que Dieu te couvre de Sa miséricorde et t’accepte dans Son Paradis », « Que Dieu lui accorde Sa miséricorde. Dieu accepte-le comme un martyr », « C’est une grande perte pour l’Algérie et le peuple algérien », « Dieu accepte-le comme un martyr car il est parmi les rares qui n’ont pas reculé », « Dieu a écrit que tu meurs en martyr », « Que Dieu t’accorde Sa grâce et te couvre de Sa miséricorde », « Que la miséricorde t’accompagne, colonel, et que Dieu t’accepte comme un martyr », « Que Dieu accorde Sa miséricorde au défunt de l’Algérie, le vaillant moudjahid, le colonel Tounsi », « Que Dieu couvre le défunt de Sa miséricorde et lui réserve le Paradis, car c’est un martyr assassiné un jour béni [anniversaire du Prophète], et sera enterré un vendredi. Dieu l’aime certainement », « Que Dieu couvre l’âme du défunt de Sa miséricorde et fasse que le Paradis soit sa demeure en compagnie des martyrs, des bons et des sincères », « Que Dieu t’accorde Sa grâce, serviteur de la révolution et fils des hommes libres », « Que Dieu rétribue notre endurance à la perte de notre martyr moudjahid qui a tout donné à l’Algérie, jusqu’à sa vie », « Puisse Dieu le récompenser pour tout ce qu’il à donné à l’Islam et le mettre aux côtés du Prophète », « A la veille du Mawlid [anniversaire du Prophète], InchaAllah sa demeure sera la Paradis avec les justes ».

Et lorsque l’un des intervenants fait une contribution à contre courant, alors la riposte ne se fait pas attendre, comme par exemple :

« Craignez Dieu musulmans ! Prière de demander à Dieu, le pardon et la miséricorde pour son âme », « Mes amis, évoquez les qualités de vos morts », « Mes frères, craignez Dieu dans vos morts, et dites comme a dit le Prophète, paix et salut sur lui : évoquez les qualités de vos morts », « Je prie les frères de faire des commentaires constructifs et de demander la miséricorde pour lui, car après tout, c’était un musulman », « Nous prions quiconque veut poster un commentaire de se rappeler que l’homme est parti, et que maintenant seules les prières pour lui sont permises », « Que Dieu lui accorde Sa miséricorde et quiconque accuse le défunt n’est qu’un fourbe, car c’est un martyr qui a sacrifié sa vie pour la patrie », « Les intervenants sont priés de craindre Dieu et d’évoquer les qualités de leurs morts ».

Ainsi, pour ces commentateurs qui sympathisent avec des criminels d’Etat notoires, il ne nous est permis que de demander la miséricorde pour le colonel, et ce serait une preuve de la crainte de Dieu.

3— Nul n’est tenu à prier pour l’âme de n’importe qui

S’il est permis en Islam de faire des prières pour l’âme d’un despote, s’il meurt en tant que musulman, ceci n’est certes pas une obligation. Ce doit être fait de préférence en privé, car rendre publique ces prières et leur faire de la publicité est un encouragement au despotisme.

Dans un « Avis juridique sur la question de la prière pour l’âme du musulman hérétique afin de lui demander le pardon et la miséricorde de Dieu », Cheikh Sulaiman Bin Nasir Al-Alwan rappelle que : 

« Les musulmans en Orient et en Occident ne cessent de faire la prière du mort pour tout individu ayant affiché l’Islam et n’ayant pas fait montre de duplicité ou d’apostasie, auquel cas la prière est illicite. Mais à l’exception de ces cas, il n’est pas permis au musulman de délaisser la prière sur le défunt, par piété, sauf s’il y a un intérêt clair. Car certains Imams anciens s’abstenaient d’accomplir la prière du mort sur les gens des passions qui affichaient ostentatoirement leurs péchés, afin que les hérétiques cessent leur hérésie et que les pécheurs arrêtent de suivre leurs passions. Il s’agit donc d’un geste pour désapprouver ce qui est condamnable et pour réaliser l’intérêt général des musulmans ».

Ainsi, parfois la nécessité et l’intérêt général dictent une attitude qui consiste à s’abstenir de faire la prière du mort, qui est une obligation collective (elle doit être accomplie par au moins une partie de la communauté – fardh kifaya), et donc à fortiori à s’abstenir de faire des invocations publiques pour l’âme du défunt, ce qui n’est pas une obligation religieuse.

Ceci a une justification religieuse comme le mentionne Cheikh Al-Alwan :

« Cet acte est licite et on en trouve des exemples dans le droit musulman. En effet, le Prophète (pssl) s’est abstenu de faire la prière du mort dans le cas du suicidé (rapporté par Muslim), de celui qui a laissé une dette et qui n’a pas pris la peine de la régler, et a dit : « faites la prière sur votre compagnon » (rapporté par Al-Bukhari et Muslim) et dans le cas du voleur qui puise dans le butin de guerre (rapporté par Ahmad, Abu-Dawud, An-Nisaï et Ibn-Maja) ».

Il est intéressant de noter que la troisième catégorie mentionnée dans ce hadith correspond à l’auteur de détournement de fonds publics. Ainsi, par exemple, les responsables condamnés dans les scandales de corruption rapportés dans les médias algériens entreraient dans cette catégorie. Et si l’intérêt général dicte le renoncement à la prière du mort dans le cas du suicide et la corruption financière, alors il le fait, a fortiori, dans le cas de crimes de sang massifs.

Cheikh Al-Alwan consolide son avis en se référant à Cheikh-al-Islam Ibn-Taymiya qui affirme dans son ouvrage « Voie de la Tradition prophétique » que :

« Il est permis de demander le pardon de Dieu et de faire la prière pour tout musulman qui n’est pas connu pour sa duplicité, même s’il était connu pour l’hérésie ou la débauche, mais ce n’est pas une obligation pour tout un chacun de le faire. Et dans le cas où s’abstenir de faire la prière, pour celui qui appelle à l’hérésie ou qui affiche ostentatoirement sa dépravation, aurait une utilité générale, dans le sens où cela aurait un effet dissuasif sur les gens, alors s’abstenir de faire la prière devient légitime pour celui qui délaisse cette obligation comme mesure de dissuasion. »

4— Entre insulter les morts et évoquer leurs faits

La légitimité de dire du mal des despotes musulmans qui meurent est une question qui a été débattue très tôt dans l’histoire musulmane, notamment à la suite des conflits politiques qui ont eu lieu.

Certains théologiens l’ont interdit, en ce basant sur un nombre de hadiths comme celui dans lequel le Prophète (pssl) a dit : « Le croyant n’est ni diffamateur, ni lanceur d’imprécations. Il n’est ni obscène, ni grivois. » (relaté par Ahmad) Il a dit également : «  N’insultez pas les morts, car vous risquerez de blesser des vivants. » (relaté par At-Tirmidhi).

Le hadith utilisé largement par les encenseurs des criminels d’Etat en Algérie est celui dans lequel il a été rapporté que le Prophète (pssl) aurait dit : « Evoquez les qualités de vos morts et abstenez-vous à mentionner leur défauts ». Les spécialistes de la tradition prophétique affirment que ce hadith souffre d’une faiblesse dans la chaine de transmission, en la personne d’Omrane Bin Anas Al-Makki, décrit par Al-Boukhari comme étant peu fiable.

Dans le cas ou ce hadith serait véridique, il est fort probable que son but soit de préserver la vie privée des personnes non publiques et de protéger leur intimité. Il est rapporté dans un autre hadith que le Prophète (pssl) a dit : « Celui qui couvre un musulman sera couvert par Dieu dans l’ici-bas et dans l’au-delà » (rapporté par Muslim). Il a aussi dit : « Celui qui couvre une faiblesse de son frère musulman, Dieu couvre sa faiblesse au Jour du Jugement dernier » (rapporté par Ibn-Maja) Il est encore plus indiqué de préserver la vie privée des musulmans après leur décès.

Par ailleurs, il est fort probable que « le frère, musulman » évoqué dans ce contexte soit celui décrit par le Prophète (pssl) dans un autre hadith, lorsqu’il a dit : « Le musulman est celui dont les autres musulmans sont à l’abri des méfaits de sa langue et de sa main. » (rapporté par Al-Bukhari)

Alors avec cette acception du terme « musulman », on constate qu’il y a un écart considérable entre le musulman décrit dans ce hadith, d’une part, et le musulman impliqué dans la torture, la mort et la disparation de dizaines de  milliers d’Algériens ainsi que dans la misère de millions d’autres, d’autre part.  Ce dernier est évoqué par Dieu le Très Haut comme suit : « Quiconque tue intentionnellement un croyant, sa rétribution alors sera l’Enfer, pour y demeurer éternellement. Allah l’a frappé de Sa colère, l’a maudit et lui a préparé un énorme châtiment. » (Coran, 4:93) ainsi que par le Prophète (pssl) en ces termes : « Celui qui ne montre pas de miséricorde pour les gens, ne bénéficiera pas de la miséricorde divine » (rapporté avec consensus). Que dire de celui chez qui la miséricorde s’estompe au point de participer à l’assassinat non d’un seul croyant, mais de dizaines de milliers de croyants ?

D’autres théologiens ont toléré le fait de dire du mal des despotes musulmans qui meurent, en ce basant sur des faits avérés dans la vie du Prophète (pssl), et en particulier ce qui est rapporté de Anas Bin Malik : 

« Une fois un cortège funéraire est passé. L’assistance a dit du bien du défunt. Le Prophète (pssl) a alors dit par trois fois : ‘Elle est assurée !’ A une autre occasion, un autre cortège est passé. Cette fois-ci, l’assistance a dit du mal du défunt. Le Prophète a alors dit par trois fois : ‘Elle est assurée !’ Omar interrogea le Prophète sur le fait qu’il ait prononcé les mêmes mots dans les deux cas. Et le Prophète de répondre : ‘Celui que vous évoquez en bien aura assuré sa place au paradis, et celui que vous évoquez en mal aura assuré sa place en enfer.’ Il répètera ensuite trois fois : ‘Vous êtes les témoins de Dieu sur terre !’ » (rapporté par Muslim et Al-Bukhari) Dans ce hadith il y a affirmation de la fonction de témoignage que Dieu a réservé à l’être humain.

Parmi les exemples de divergence de points de vue sur cette question, on peut citer les cas de Yazid Ibn Muawiya et Al-Hadjadj Ibn Yusuf. Cela concerne le fait de lancer des imprécations, ce qui est d’une haute gravité puisqu’il s’agit de prier pour que la personne en question soit expulsée de la miséricorde de Dieu. Le Prophète (pssl) en a parlé ainsi : « Faire une  imprécation à l’encontre d’un musulman, équivaut à le tuer » (rapporté par Muslim et Al-Bukhari).

Concernant la légitimité de faire des imprécations contre Yazid Ibn Muawiya pour les méfaits qui se sont produits sous son règne, notamment les crimes commis contre les habitants de Médine dans la bataille d’Al-Harra, et en particulier la mise à mort du petit-fils du Prophète, Al-Hussain, que Dieu l’agrée. Certains théologiens ont désapprouvé l’acte de maudire Yazid, comme Ar-Ramli, Ibn-Hadjr, Abdelmughith Al-Harbi, etc. ; d’autres l’ont approuvé comme Al-Aalusi, Ibn Al-Faraa, Ibn-Tahir Al-Maqdisi, As-Suyuti, Al-Qadhi Abu-Yaala, Ibn Al-Jawzi auteur de l’ouvrage « Réponse aux fanatiques qui interdisent de critiquer Yazid », etc. Quant à Ibn Taymiya, il a écrit à ce sujet ce qui suit : « Celui qui a tué Al-Hussain, celui qui y a aidé et celui qui l’a approuvé méritent d’être maudits par Dieu, par les anges et par l’humanité entière. » (Collection de fatwas)

En ce qui concerne le fait de critiquer Al-Hadjadj pour ses actes de répression et d’agression contre la communauté, il est rapporté, d’une part, qu’Ibn Sirine aurait entendu quelqu’un insulter Al-Hadjadj après sa mort. Il lui aurait dit « Tais-toi ! Sois sûr qu’à l’au-delà, le plus minuscule de tes péchés sera pour toi plus pénible à supporter que le plus grand péché d’Al-Hadjadj, et sache que Dieu le Très Haut est un Arbitre juste. S’il rendra justice aux victimes d’Al-Hadjadj, il rendra aussi justice à ce dernier pour le tort qu’on lui aurait fait. Alors ne t’occupe pas à insulter quiconque. » (Al-Hafidh Abu-Naïm Al-Isphahani, dans  son ouvrage Joyau des Saints et Classes des Elus) D’autre part, Ibn Taymiya déclare que : « Lorsque les injustes comme Al-Hadjadj et ses semblables sont évoqués, nous disons ce que dit Dieu dans le Coran : ‘Que la malédiction d’Allah frappe les injustes’ (Coran, 11:18) ».

La position de Ibn Taymiya est intéressante et mérite d’être approfondie, car, d’une part il est d’avis que les injustes, même morts, méritent d’être maudits, et que sont concernés par cela, en cas d’atteinte à la vie d’un innocent, aussi bien l’auteur du crime que celui qui l’a assisté ou celui qui l’a approuvé. Ainsi, il met dans le cercle des injustes celui qui planifie ou perpètre ou assiste dans l’exécution d’un crime ou accepte le crime sans le condamner, ce qui indique la responsabilité de toutes les composantes de la société dans toute forme d’oppression qui s’y produit et leur devoir de s’y opposer.

D’autre part, Ibn Taymiya fait une distinction entre maudire une personne, à titre individuel, et la maudire au titre de son genre, ou la catégorie à laquelle elle appartient (imprécation générique). Il préfère personnellement l’imprécation générique à l’imprécation individuelle, mais ne critique pas celui qui a un avis contraire. Il dit à ce sujet : « La question de la licité de faire des prières en faveur d’une personne ou en son défaveur peut être traitée en se référant au rite funéraire. Les morts des musulmans doivent tous être honorés par une prière, du plus pieux au plus crapuleux d’entre eux, même si ce dernier est maudit individuellement ou génériquement. (…) Et nous n’aimons pas maudire une personne individuellement. » (Collection de fatwas) Ainsi, nous constatons dans ce qui précède que Ibn Taymiya n’a nommé ni Yazid ni Al-Hadjadj, mais les a mentionnés par leurs actes. Ceci indique un haut degré de lucidité dans l’approche des crimes commis par des êtres humains, qui coïncide avec la théorie moderne du changement politique non violent dans l’un de ses principes fondamentaux qui prescrit d’affronter avec force les comportements et les pratiques du despote, sans pour autant porter atteinte à l’humanité de ce dernier. La cible du processus de changement est plus l’acte condamnable que la personne qui l’a perpétré.

De ce qui précède, on peut déduire que dire du mal du défunt est réprouvable s’il n’est pas dicté par l’intérêt général. Cependant, évoquer des réalités historiques qui concernent le défunt, surtout lorsqu’il s’agit d’un homme public soumis de son vivant, comme c’est le cas de toute figure publique, à la critique des citoyens, et si l’intérêt général est établi, devient indiquée et nécessaire. Mais ceci doit obéir à certaines règles éthiques comme acquérir la certitude concernant l’acte et son auteur, pour ne pas distribuer des accusations gratuites, se focaliser sur l’acte lui-même plutôt que sur son auteur en gardant toujours à l’esprit que ce dernier, en tant qu’être humain, a certainement des aspects lumineux quelle que soit l’immensité de ses aspects obscurs, et s’écarter de l’esprit de vengeance autant que possible.  Ces règles incluent également la recommandation de ne pas aborder la vie privée et intime du défunt et de se limiter à la vie publique et aux pratiques qui ont un impact sur la société, ainsi que de ne pas s’attaquer à la famille et aux proches du défunt, car « nul ne portera la responsabilité d’autrui » (Coran, 6:164, 17:15, 35:18, 39:7, 53:38)

Pour revenir au cas algérien, il est indéniable que l’intérêt général exige d’évoquer ceux qui ont planifié, exécuté, aidé dans, incité à, approuvé ou se sont tus sur les violations massives des droits de l’homme en Algérie, vécues par les citoyens, et attestées par les militants et les organisations des droits de l’homme au niveau national et international, y compris par des mécanismes onusiens des droits de l’homme, comme la torture, la disparition forcée, les massacres et les exécutions arbitraires. Car cela est utile pour établir la vérité, préserver la mémoire collective, et dissuader ceux qui s’aviseraient à répéter de tels crimes à l’avenir. Le décès de l’un des responsables d’un crime n’est pas à même d’altérer sa réalité historique.

5— Conseil aux « partisans d’une religion de l’oppression » en Algérie

Un nouveau courant islamique se développe en Algérie. Un ami l’appelle le courant des « Boukhnouna », c’est-dire ceux dont le nez coule en public et qui n’ont ni force ni dignité pour se moucher le nez. Ceux qui ont déclaré avoir pleuré sous l’intensité du recueillement en faisant la prière derrière « El-Hadj Smaïn », ce général défunt dont l’un des collaborateurs a attesté qu’il avait déclaré un jour qu’il était prêt à tuer trois millions d’Algériens en cas de nécessité. Ceux dont le masochisme fait qu’ils éprouvent de la jouissance à faire l’éloge de leurs bourreaux qui violent leur intimité et celle de leurs frères. Ceux qui récitent les louanges à l’égard des chefs putschistes qu’ils ont eu l’honneur de rencontrer. Ceux qui glorifient tout responsable politique ou sécuritaire de crimes contre l’humanité qui disparait, et multiplient les prières sur son âme.

Ce courant islamique nouveau veut nous « vendre » un Islam déformé qui accepte le despotisme, l’oppression et l’injustice et appelle à la soumission et à la capitulation devant la volonté des nouveaux Yazid et autres Hadjadj qui sévissent aujourd’hui en Algérie et y sèment mort, corruption et désolation. Mais le peuple algérien, fidèle à un Islam de justice et de dignité, n’acceptera jamais cette forme altérée de la religion, corrompue sur les plans éthique et politique.

Mon conseil à celui dont la piété enfle au point de vouloir faire des invocations en faveur des ces auteurs de crimes imprescriptibles, souhaitant ainsi être ressuscité en leur compagnie, qu’il le fasse discrètement. Car l’afficher publiquement est un manque de respect envers la mémoire des victimes de ces hauts gradés qui ont mené l’Algérie au désastre, et un manque de pudeur et de délicatesse envers les familles de ces victimes. Et qu’il fasse en sorte qu’à chaque fois qu’il demande à Dieu de pardonner l’un de ces officiers supérieurs qui viennent de nous quitter, il dise, au préalable, 200’000 prières à l’intention des âmes des Algériens innocents, victimes des politiques criminelles de ces putschistes.

Abbas Aroua
3 mars 2010

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